Des experts algériens dans le domaine bancaire ont salué, les dispositions prises par les pouvoirs publics en vue de lancer la finance islamique, jugeant que la conjoncture est propice pour édifier ce système financier tant attendu qui devrait contribuer de manière "efficace" à capter l’argent de l'économie parallèle.

Intervenant lors d’une visioconférence organisée par le Forum des Chefs d’entreprise (FCE), sur le thème "le rôle de la finance islamique dans la mobilisation des ressources", les professeurs Younes Soualhi et Mohamed Boudjelal ont estimé que les dispositions réglementaires prises récemment par le ministère des Finances et la Banque d’Algérie constituaient "un choix judicieux" devant contribuer au développement de ce mode de financement et à capter l'argent de l'économie informelle. Parmi ces décisions, les deux intervenants ont cité notamment le règlement n 20-02 du 15 mars 2020 de la Banque d’Algérie définissant les opérations relevant de la finance islamique et les conditions de leur exercice par les banques et les établissements financiers de la place. A ce propos, le professeur Younes Soualhi, s'exprimant à partir de Malaisie, où il s'est installé depuis plus de 20 ans en tant que chercheur à l'Institut international de la recherche académique sur la Charia, a indiqué que ce texte réglementaire adossé à celui publié le 18 février 2018 sur les conditions d’exercice des opérations de banque relevant de la finance islamique favoriseraient la mise en place d’un environnement "propice" au développement de la finance islamique en Algérie. Mettant en exergue les caractéristiques et les avantages de la finance islamique, entre autres, l’interdiction de l’usure (l’intérêt) et le financement des activités illicites et spéculatives, l’expert a relevé que les mesures prises par la Banque centrale pour la surveillance et le suivi des établissements financiers qui versent dans ce domaine sont à même de créer la confiance et de favoriser l’épargne. "L’ouverture de guichets de la banque islamique en Algérie contribuera à capter l’argent des épargnants. C’est un choix judicieux que nous saluons fortement surtout par le fait qu’il a été appuyé par une assise juridique à même d’aider à son développement et son expansion. Certes, nous avons accusé un retard par rapport à d’autres pays de la région, mais, il n’est jamais trop tard pour bien faire", a soutenu M. Soualhi. Cet expert a considéré aussi que l’introduction de l'assurance islamique "Takaful" dans la loi de finances 2020, constitue un élément "central" dans l’architecture du système financier basé sur les principes islamiques. Il a assuré, dans ce contexte, que les pouvoirs publics peuvent désormais procéder au lancement des sukuks (obligations de la finance classique), ce qui va contribuer, selon lui, à lever d’importants financements auprès des épargnants et d’investisseurs qui ont boudé, jusqu'à présent, le secteur bancaire classique pour des considérations religieuses. A noter, Takaful est un type d'assurance islamique dans lequel les membres mettent de l'argent en commun pour bénéficier d'une garantie mutuelle contre pertes et dommages. De son côté, le professeur Mohamed Boudjellal a souligné que la condition imposée par la Banque d’Algérie sur l’obtention préalable de la certification de conformité aux préceptes de la Charia, délivrée par l’autorité nationale de la Fatwa pour l’industrie de la finance islamique, est une disposition "suffisante" pour rassurer les investisseurs et les citoyens et pour mobiliser l’épargne jugée "disponible" et "abondante". Louant les biens faits de la finance islamique et son rôle dans le développement de l’économie réelle, M. Boudjellal a salué, à l’occasion, les engagements pris par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour encourager le développement de la finance islamique. Il a considéré que cette volonté politique est un "bon" pas pour l’émergence de ce système financier, dont "le pays a tant besoin pour améliorer la bancarisation au demeurant très faible par rapport aux standards internationaux", a-t-il fait savoir. Evoquant les déclarations tenues par la directrice générale de la Banque centrale européenne (BCE) et ex-directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, qui avait appelé à s’inspirer de la finance islamique comme solution aux crises économiques mondiales récurrentes, M. Boudjellal a soutenu que l’Algérie aura tout à gagner en s'appuyant ce système basé sur l’éthique et le respect des valeurs sociétales. Sur le plan de la formation de la ressource humaine, ce spécialiste de la finance islamique a assuré que de nombreux cadres des banques de la place ont été déjà formés par des instituts spécialisés en Algérie et que des intenses efforts sont menés actuellement pour accélérer la mise en œuvre de ce dispositif. Outre l’élaboration de textes d’application pour accompagner les établissements bancaires dans ce domaine, l’expert, membre fondateur du Fonds national de la Zakat et de la commission finances au niveau du Haut conseil islamique (HCI), a affirmé que des actions étaient en cours pour soutenir le lancement des sukuks en Algérie en collaboration avec la Banque de développement islamique. Dans la présentation faite à l’occasion par Rafik Boussa, modérateur de la visio-conférence, il en ressort que depuis 1990, l’Algérie ne compte actuellement que deux banques (Baraka Bank et Salam Bank) versées dans la finance islamique avec seulement 3% de part de marché. A l’échelle internationale, il existe plus de 600 institutions financières islamiques en pleine période d’expansion et de croissance.

R.N.