La situation de crise sanitaire a fait exploser les déficits des budgets publics partout dans le monde, tous les pays, ou quasiment, ayant été contraints de prendre des mesures budgétaires fortes pour amortir le choc de l’arrêt imposé à leur activité économique et, pour ce faire, de laisser filer les déficits de leurs comptes publics.

 

Dans le cas de l’Algérie, les éléments d’information communiqués par le gouvernement ne laissent pas apparaitre un quelconque chapitre de dépenses orienté vers la prise en charge des conséquences économiques et financières de la COVID 19, en dehors sans doute de celles liées à la revalorisation du soutien au secteur de la santé. C’est ce que relève Mouloud Hedir dans une contribution, intitulée « le projet de loi de finances complémentaire 2020 : entre l’urgence des réformes et les poids des déficits », réalisée pour le compte du Cercle d’Action et de réflexion autour de l’entreprise.  Selon l’expert, « aucune mesure substantielle n’a été annoncée que ce soit en direction des entreprises, petites ou grandes, ou des travailleurs ayant perdu leur emploi ou une partie de leur revenu ». Il observera ainsi qu’en termes de dépenses budgétaires, la loi des finances complémentaire a simplement reconduit les prévisions – en opérant même des réductions-  de la loi de finances initiale, c'est-à-dire bien avant que la pandémie se manifeste dans le pays. Certes, indique M. Hedir, pour l’aide aux entreprises publiques, des mécanismes extrabudgétaires existent, qui sont déjà opérationnels et qui drainent chaque année des montants très élevés, depuis longtemps. « Il est vraisemblable que ces mécanismes, qui servaient jusqu’ici à couvrir les déficits de gestion du secteur public économique, serviront indirectement à compenser les effets négatifs de la Covid 19 » estime –t-il. En revanche, relève l’expert, « aucun dispositif n’existe pour les entreprises privées, qu’elles soient dans le secteur formel ou dans le secteur informel qui subissent tout autant les effets récessifs du confinement. A raison des lacunes du système d’informations économiques, l’administration économique algérienne n’a qu’une connaissance superficielle de l’état des entreprises du secteur privé formel (et encore moins du secteur privé informel) et, dans ces conditions, il ne lui est sans doute pas possible de mettre rapidement sur pied des programmes de soutien à celles d’entre elles qui connaitraient de véritables difficultés financières, qui seraient confrontées à une baisse importante de leur activité et qui, de ce fait, ne seraient pas en mesure de redémarrer une fois levée l’obligation légale de confinement. « On ne peut manquer, toutefois, de déplorer qu’aucune mesure budgétaire provisionnelle orientée vers l’aide aux entreprises ne soit insérée dans le projet de budget proposé par le PLFC » constate M. Hedir. Ainsi, dans le cas des entreprises privées, les seules mesures de soutien concrètes que les pouvoirs publics aient prises en leur faveur se limitent au report d’échéances des paiements de l’impôt ou des cotisations sociales, ce qui reste sans aucun doute largement insuffisant. Même si elle devait être mise en œuvre effectivement et que les réticences des banques étaient levées, l’invitation faite aux banques de répondre aux demandes de financement des entreprises, ne sera pas d’un grand apport pour toutes la grande masse des entreprises privées qui éprouvent des difficultés à accéder aux ressources du financement bancaire. « On ne peut donc que pointer les effets néfastes de ce qui s’apparente clairement à un traitement ouvertement discriminatoire du secteur public économique au détriment de son homologue privé » ajoute l’expert. Et comme le secteur privé demeure la pièce maîtresse de l’économie hors hydrocarbures (85% de la valeur ajoutée), il est raisonnable de penser que le processus de croissance sera sans doute plus fortement perturbé au cours du second semestre 2020, que ne le prévoient les autorités.

APS