Le prix spot du pétrole a progressé de près de 4 dollars le baril la semaine passée pour s’établir à 42,3 dollars le baril, vendredi dernier relève l’organisme de recherche français, IFP Energies Nouvelles (Ifpen). Cette évolution, explique -t-il, est due en grande partie au respect en mai des engagements de réduction de la production par les pays membres de l’OPEP+.

Par Abdelkrim Salhi

 « Les marchés à terme marquent, dans ce contexte, un net changement sur la semaine, passant, pour les écarts de prix d’un mois sur l’autre (M2 vs M1), en territoire négatif signe d’une anticipation de rééquilibrage en cours du marché » lit- dans le document. Ces mouvements restent néanmoins fragiles alors que la crainte d’une deuxième vague de l’épidémie continue à influencer régulièrement les marchés financiers et pétroliers. Selon l’Ifpen, le milieu de semaine a été marqué par un repli des marchés financiers, bien que limité, en raison d’une recrudescence des cas de contamination en Chine et en Inde en particulier. En Inde, l’Etat du Tamil Nadu, dans le sud du pays, a ordonné lundi dernier le reconfinement de l’agglomération de Chennai, qui compte plus de 15 millions d’habitants, jusqu’à la fin juin. En Chine, après des informations alarmistes évoquant le 16 juin une situation épidémique « extrêmement grave » à Pékin, les autorités ont indiqué deux jours après que le regain de contaminations était sous contrôle (+ 300 cas en 7 jours). En dehors de l’Europe, qui parvient à juguler la contamination, la situation reste globalement préoccupante avec une croissance régulière des contaminations aux Etats-Unis et une croissance exponentielle dans le reste du monde. En France, le risque d’une « vraie deuxième vague », venant de l'hémisphère sud, est un « risque qui doit être considéré", a déclaré le président du Conseil scientifique. Ce contexte constituera, jusqu’à l’arrivée d’un vaccin, un frein à la hausse et sûrement une source de volatilité pour les marchés financiers.

Soutien de la FED à l’économie américaine et proposition de relance « vertueuse » de l’AIE

 « Après les annonces de soutien à l’économie de la BCE il y a quinze jours, la FED a également proposé de nouvelles mesures (achat d’obligations de sociétés pour favoriser la liquidité et la disponibilité de crédits), qui ont eu pour effet de soutenir les marchés financiers » relève l’Ifpen. « Richard Harris Clarida, vice-président de la Réserve fédérale, a indiqué que l’ensemble des mesures fiscales prises aux Etats-Unis représentaient un montant total de 2900 G$, soit 14 % du PIB de la nation. Ce montant est à la hauteur des pertes de PIB que l’on peut estimer à 1200 et 1100 G$ en 2020 et 2021 respectivement, sur la base des anticipations de la FED (-6,5 % en 2020 et + 5 % en 2021 pour le PIB) » rapporte l’institut français de pétrole. Au niveau mondial, l’Ifpen évoque l’initiative conjointe de l’AIE et du FMI visant à soutenir la croissance économique sur la base d’une « reprise durable ». « Ce plan de transformation du secteur énergétique nécessiterait des investissements de 1000 G$/an sur trois ans, soit 0,7 % du PIB mondial pour apporter 1 % de croissance supplémentaire chaque année » affirme l’institut. Selon ce dernier, « l’effet de levier sur la croissance apparaît modeste, mais ce plan, qui génère par ailleurs des emplois, s’inscrit dans une démarche vertueuse permettant d’accélérer la transition et d’apporter à terme des retombées positives difficilement quantifiables (santé, environnement, pollution…). Au-delà du soutien nécessaire à l’économie via ce plan fondé en grande partie sur le remplacement des actifs, la relance devra aussi passer par des investissements productifs créateurs de valeur ajoutée ».

 

Respect des engagements de baisse de la production par les pays de l’OPEP+

L’Ifpen constate que les dernières statistiques de l’AIE et de l’OPEP révèlent le respect des engagements de baisse de la production par les pays de l’OPEP+. Ce niveau de conformité atteint près de 90 % en moyenne, à l’exception notable de l’Irak (46 %) qui dépasse de 0,6 millions de barils par jours (Mb/j) son objectif fixé à 3,6 Mb/j en mai. Plusieurs sources indiquent que la société irakienne de commercialisation du pétrole (SOMO) aurait fortement réduit les livraisons de pétrole brut prévues en juillet à destination de l’Asie via le port de Bassora. Cela constitue un facteur favorable pour l’équilibre du marché en renforçant la cohésion de l’organisation. Une réunion du Comité mixte de suivi ministériel (JMMC) était organisée cette semaine pour faire le point sur l’état du marché. Ce comité, qui n’a pas évoqué la nécessité de renforcer les mesures adoptées les 12 avril et 6 juin dernier, a souligné la nécessité de respecter les engagements pour rééquilibrer le marché et a salué les plans de compensation des dépassements remis par certains pays (Irak, Kazakhstan). Concernant le marché pétrolier hors OPEP+, la baisse globale de production en mai par rapport à la moyenne 2019, relève l’Ifpen, s’élève à 11,7 Mb/j, dont 8,3 Mb/j pour l’OPEP+ et 3,3 Mb/j pour les autres pays dont les Etats-Unis (-1,5 Mb/j) et le Canada (-0,9 Mb/j). Les dernières statistiques américaines confirment ce mouvement d’ajustement avec une production qui se situe désormais à 10,5 Mb/j, soit 2,5 Mb/j en moins depuis début mars. « La tendance, en ce qui concerne la production américaine sur ces prochains mois, dépendra bien sûr de l’évolution du prix qui influencera l’activité de forage actuellement en chute libre. Notre modèle révèle, dans l’hypothèse d’une stagnation de l’activité de forage, une chute importante de la production au-delà de ce qui est prévu par l’EIA » prévoit l’Ifpen. Certains géologues américains évoquent également la possibilité d’assister à des baisses drastiques de production dans les prochains mois. Ces scénarios seraient de nature à soutenir les cours du pétrole. Sur la base des dernières statistiques de l’AIE, la baisse pourtant significative de l’offre mondiale de pétrole n’est pas suffisante pour éliminer les excédents au 2ème trimestre en raison d’un recul plus important de la demande. « La situation devrait néanmoins s’inverser dès le 3ème trimestre et se prolonger jusqu’en 2021. Cela dépendra du niveau effectif de la demande (AIE : 91 Mb/j en 2020, 97 Mb/j en 2021 contre 100 Mb/j en 2019) et surtout du respect des engagements de la part de l’OPEP » estime l’Ifpen. « C’est le message relayé par le JMMC lors de la dernière réunion : « The Committee emphasized the critical importance of adhering to full conformity ». Il s’agit en effet d’un impératif pour espérer rééquilibrer le marché » ajoute l’institut de recherche français. Pour ce dernier, la phase qui commence risque d’être délicate à gérer en raison de la remontée de la demande et du relâchement prévu des accords OPEP+. « La réduction de l’offre de 9,7 Mb/j de mai à juillet, passe ainsi à 7,7 Mb/j à partir du mois d’août et jusqu’en décembre. Un contexte qui pourrait inciter à quelques dépassements » souligne l’Ifpen.

A.S.