L'OPEP, qui célèbre son 60ème anniversaire, représente aujourd'hui une organisation "influente" sur la scène multilatérale, a estimé le ministre de l'Energie, Abdelmadjid Attar, dans un entretien à l'agence internationale d'information spécialisée Argus Media.

"Aujourd'hui, l'OPEP est une organisation respectée, crédible et influente. Sa voix est écoutée dans les scènes multilatérales", a-t-il souligné en soutenant que la pandémie de coronavirus " a clairement démontré la capacité unique de l'OPEP à agir, en partenariat avec d'autres exportateurs de pétrole, afin d'éviter le chaos et de ramener une stabilité bien indispensable" au marché. Se félicitant du "rôle positif, désormais reconnu par tous," de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, dont il préside la conférence, M. Attar estime que l'OPEP a été couronnée de succès pour trois raisons principales, que sont "l'égalité souveraine de ses membres, la fidélité à sa mission et sa capacité à s'adapter aux nouvelles réalités". A la question de savoir si des "frictions" existaient entre les grands et les petits producteurs de l'OPEP, il a écarté de telles suggestions, assurant qu'il s'agit bien d'une "organisation d'égalité". "Je pense que ce principe même de l’égalité souveraine est le principal moteur du succès et des grandes réalisations de l’OPEP en 60 ans d’existence", a-t-il soutenu. A propos de l'accord OPEP+, dont la conformité globale est "relativement élevée", avec un taux de 97% en juillet, M. Attar a rappelé la déclaration répétée du JMMC selon laquelle il est nécessaire d'atteindre une conformité à 100% de la part de tous les pays participants. Le ministre s'est dit en plus convaincu que les niveaux de conformité resteront élevés à l'avenir. En Avril dernier, l'OPEP et ses alliés (l'OPEP+) sont parvenus à un accord portant sur une baisse massive de leur production s’étalant sur deux ans, ce qui a participé à une amélioration relative des prix. Début d’août, les pays signataires de l’accord ont entamé la troisième phase de la réduction, portant sur une baisse de 7,7 millions de barils/jour (mbj) après avoir appliqué une coupe de de 9,6 mbj en juillet et de 9,7 mbj en mai et juin. Les analystes affirment que l'OPEP a plus que dépassé ses objectifs de baisse de la production, même en tenant compte des retardataires. Le ministre a souhaité que davantage de pays se joindront à l'organisation en indiquant que des entretiens étaient en cours avec le Brésil pour une éventuelle adhésion de ce gros producteur et consommateur de pétrole. Evoquant la situation globale du marché pétrolier, M. Attar a fait état d'une "amélioration" et d'un "rééquilibrage en cours". "Des signes de reprise économique sont visibles dans la plupart des pays et des régions, aidés par une maîtrise réussie de la pandémie et un soutien gouvernemental important pour atténuer les effets néfastes sur les emplois et les entreprises", a-t-il analysé. Selon le secrétariat de l'OPEP, la demande de pétrole devrait augmenter d'environ 10 mbj au troisième trimestre, par rapport au deuxième, conduisant à l'épuisement des stocks mondiaux à un rythme d'environ 3 mbj, ce chiffre augmentant encore à plus de 5 mbj au quatrième trimestre, a noté le ministre. A partir de 2021, la situation sera "encore meilleure", le rééquilibrage du marché se poursuivant et les stocks mondiaux s'épuisant à un rythme de 4 mbj, a-t-il soutenu, se référant aux mêmes données de l'OPEP. Cependant, "les incertitudes restent importantes" vu le nombre des nouveaux cas de Covid-19 qui monte en flèche dans certains pays, ce qui impose à l'organisation, selon son président, de "rester vigilante". "Je peux vous assurer que nous surveillons attentivement l'évolution du marché et restons prêts à prendre d'autres mesures correctives, si la stabilité du marché l'exige", a-t-il rassuré. Interrogé sur le prix qui serait "confortable" aux yeux de l'organisation, il a répondu que l'OPEP n'avait pas d'objectif de prix, mais qu'elle visait juste à "assurer un marché équilibré et à réduire la volatilité des prix du pétrole d'une manière qui préserve les intérêts de ses pays membres, garantit un approvisionnement sûr aux pays consommateurs et un juste retour à ceux qui investissent dans le secteur pétrolier". Estimant tout de même que le prix actuel du pétrole était "trop bas", il a indiqué que la zone de confort, face à cette crise sans précédent, traduite par une énorme accumulation de stocks, pourrait de manière réaliste se situer dans une fourchette de 45 à 55 dollars/baril. Mais, après le rééquilibrage du marché, cette zone "devra migrer vers des niveaux beaucoup plus élevés", a-t-il ajouté.

R.N.