Le prix du Brent, qui évoluait en moyenne hebdomadaire à 45 dollars le baril et 43 dollars le baril les deux semaines précédentes, est tombé à 39,5 dollars le baril la semaine passée en recul de 8%. « Le nombre croissant de cas de contamination en Europe et la difficulté à développer rapidement un vaccin expliquent pour une large part cette correction » estime l’Ifp Energies Nouvelles.

Par Abdelkrim Salhi

 Elle a été renforcée par l’annonce de l’Arabie saoudite le 8 septembre de la baisse des prix de livraison du pétrole à destination de la zone Asie et des Etats-Unis. L’espoir d’un rééquilibrage progressif du marché, scénario privilégié jusqu’à ce jour, devient moins évident, pesant à la baisse sur le prix du pétrole. La remontée du cours de l’indicateur de volatilité du marché financier américain traduit plus généralement les inquiétudes des intervenants sur les marchés, ce qui explique les mouvements similaires entre le Dow Jones et les prix du pétrole. Le prix du pétrole a pu également sur-réagir en raison de la fin de la « driving season » aux Etats-Unis, de la hausse des stocks américains et de la remontée (pourtant programmée de l’offre OPEP+ en août. Elle intervient en effet à contretemps de la perception de l’équilibre offre/demande. Des rumeurs concernant l’Irak, à propos d’une demande auprès de l’OPEP visant à augmenter son niveau de production, ont pu également amplifier ces évolutions baissières. Les craintes d’une deuxième vague contraignante en termes d’activité expliquent pour une large part le retournement des marchés pétroliers et financiers la semaine passée. Ce retournement a débuté le 3 septembre avec un recul de 2,8 % du Dow Jones et de près de 5% du NASDAQ (indice des valeurs technologiques), suivi d’une baisse de 3,8 % du Brent (après – 6,6 % le 2). Au-delà d’une prise de bénéfice après de fortes hausses, c’est surtout la confirmation par des médecins américains de la difficulté à fournir un vaccin rapidement qui a provoqué cette chute brutale. De même, entre les 8 et 10 septembre, l’annonce d’une pause des essais mondiaux d’un vaccin proposé par un groupe pharmaceutique anglo-suédois a coïncidé avec la baisse du Dow Jones (– 2,2 %) et du Brent (- 5,3 %). Les marchés financiers restent donc influencés par les informations concernant la propagation du Covid-19 ou au contraire par les espoirs de contrôle de la pandémie. Les indicateurs hebdomadaires américains, faute de données similaires en Europe et en Asie, restent déterminants pour le marché pétrolier. La hausse des stocks américains, pourtant très modeste a été perçue comme un signe de déséquilibre de ce marché. C’est bien sûr le cas alors que la demande reste inférieure de l’ordre de 2 millions de barils par jour par rapport à ce qu’elle était avant la crise, ce qui est toutefois mieux par rapport à la situation du mois d’avril dernier (-6 à 7 millions par jour). La fin de la « driving season » va par ailleurs faire reculer la demande d’essence, encore inférieure de 1 million de baril par jour par rapport aux données passées, de l’ordre de 1 million de barils dans les prochains mois. Côté production, les données sont difficiles à interpréter en raison des effets du passage des ouragans. De 10,8 millions de barils par jours le 21 août, la production est passée à 9,7 millions de barils par jour le 28 (effet ouragans) pour légèrement remonter depuis jusqu’à 10 millions de barils par jour. « Baisse structurelle ou effet ouragan qui se prolonge ? Il faut attendre les prochaines données pour le savoir » indique l’institut de recherche français.

Des signaux peu favorables à un soutien des prix

L’Ifpen relève que l’OPEP+ renforce comme convenu son offre à un moment inopportun. Les espoirs de reprise économique et de contrôle de la pandémie avaient poussé progressivement les prix du pétrole au-dessus des 40 dollars le baril à partir de juin dans un mouvement d’anticipation du rééquilibrage du marché. La semaine passée, à l’inverse, les craintes de la 2ème vague ont fait basculer le Brent à moins de 40 dollars le baril. La gestion du marché par l’OPEP+ est donc relativement délicate à opérer. La hausse de la production de 2 millions de barils par jour en août, dont 1,2 millions de baril par jour pour l’OPEP seul, intervient à un mauvais moment. Les premières données de Reuters datant de début septembre confirment cette hausse (+ 0,95 million de barils par jour) qui reste néanmoins en ligne avec le respect des quotas. « Mais cette hausse est susceptible de détériorer l’équilibre offre/demande si la demande devait progresser moins vite que prévu » estime l’Ifpen. Cela met aussi en évidence, ajoute-t-il, le décalage de réaction entre des décisions trimestrielles d’un côté et des marchés « haute fréquence » de l’autre. Selon le centre de recherche français la détermination de la politique OPEP+ à gérer l’offre a été récemment brouillée par plusieurs signaux. Le premier résulte d’une interprétation de la décision de l’Arabie saoudite de baisser les prix de livraison du pétrole à destination de la zone Asie et des Etats-Unis. « Ce message a été interprété comme une ouverture possible à une relance de la guerre des parts de marché » indique l’IFP. Il est vrai que cela intervient au moment où le ministre de l'Énergie, Alexander Novak, déclare « qu'il est extrêmement important de regagner rapidement, voire d'augmenter, sa part de marché pétrolier une fois la demande rétablie ». Le gouvernement fédéral irakien pour sa part a demandé au gouvernement régional du Kurdistan de réduire sa production de 0,12 million de baril par jour, ce qui laisse envisager de nouvelles tensions sur la gestion du pétrole entre les deux entités. Il convient également de mentionner les scénarios de la Banque Centrale russe tablant sur un prix de 50 dollars le baril fin2022, tout en n’écartant pas un scénario à 25 dollars le baril en cas de reprise de la pandémie. Enfin, le Koweït a fortement révisé à la baisse ses anticipations budgétaires pour 2020/2021, tablant sur un prix de 30 dollars le baril désormais contre 55 dollars le baril dans le précédent.

A.S.