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Catégorie : Actualite

 

« La coopération entre la Banque mondiale et l’Algérie remonte aux années 1980, notamment à travers de grands projets tels les PER 1 et 2 (Projet d’emploi rural) financés par des prêts » souligne  Abdelkarim Oka, dans un article publié dans « La Lettre d’Al Djazaïr », une newsletter trimestrielle de la Banque Mondiale en Algérie

 « Le gouvernement algérien ayant décidé de neplus avoir recours à l’endettement extérieur, lacoopération entre les deux partenaires a connuune mue et a pris la forme exclusive de l’Assistancetechnique à partir de 2006. C’est dans ce contextequ’en février 2012 trois contrats d’Assistance techniqueremboursable (ATR) ont été signés avec le ministère del’Agriculture et du Développement rural (MADR) et laBanque mondiale » rappelle M. Oka. Ces contrats portaient sur  la revitalisation de son Programme de soutien au renouveau rural, le développement des filières agroalimentaires stratégiques par le biais de Pôles agroalimentaires intégré et le renforcement des capacités en matière de statistiques agricoles, systèmes d’information et suivi-évaluation. Les domaines d’assistance retenus s’appuient sur la Loi d’orientation agricole, adoptée en 2008, qui avait tracé les axes d’un développement durable de l’agriculture et du monde rural et jeté les bases d’une mise en cohérence des politiques de développement agricole et rural, d’une harmonisation de leurs modalités d’exécution et d’une synergie dans leur mise en œuvre. « La première phase de ces projets d’assistance technique est arrivée à terme et une seconde phase est en cours de préparation » a indiqué M. Oka. « La situation économique de l’Algérie marquée entre autres, par la volonté exprimée des pouvoirs publics de diversifier le tissu économique, promouvoir les exportations hors hydrocarbures et réduire la facture des importations, nous a amenés à nous intéresser au projet d’Assistance technique consacré aux Pôles agroalimentaires intégrés (PAI), projet dont l’objectif majeur à terme est de permettre à l’Algérie de s’affranchir de l’importation de certains produits alimentaires » a-t-il précisé.

Un  constat  saisissant

« Malgré une politique de promotion de la production nationale par le biais de soutiens à l’investissement à la ferme, à la création de petites unités agroalimentaires de première transformation (laiterie, huilerie, etc.) à proximité des lieux de production ainsi qu’à l’octroi de primes à la production, à la collecte, à la transformation et parfois au stockage sous froid pour certaines productions agricoles, la facture d’importation de produits alimentaires n’a cessé de grimper durant cette dernière décennie » a constaté M. Oka. En effet, les importations algériennes de denrées agroalimentaires sont passées de 4 à 9,4 milliards de dollars américains entre 2004 et 2014. « L’essentiel de la hausse des importations agroalimentaires algériennes s’explique cependant plus par un effet prix plutôt que par un effet volume qui a de fait commencé à se stabiliser ou diminuer pour certains des produits stratégiques de base (blé, lait), excepté pour 2014 où on a enregistré une augmentation significative en volume des laits et crème de lait en poudre et du blé dur » souligne-t-il. En ce qui concerne particulièrement le lait, « malgré les primes d’appui à la production nationale, celle-ci ne croît que lentement et ne parvient pas à supplanter les importations et s’y substituer » note M. Oka. « La raison est double » explique-t-il.  D’une part, le prix de vente au détail du lait reconstitué à partir de poudre importée est subventionné et fixé par l’Etat à 25 DA le litre et n’a pas changé depuis plus de dix ans alors que le lait produit localement ne peut rentablement se vendre à moins de 35 DA et ce malgré toutes les primes auxquelles peuvent prétendre les producteurs. D’autre part, malgré les primes octroyées à plusieurs niveaux de la production locale, une analyse de la chaîne de production montre que plusieurs faiblesses et goulots d’étranglement persistent. Ils se situent, entre autres, au niveau de la maîtrise du savoir-faire en termes d’alimentation du bétail, de santé animale et de reproduction, d’organisation de la ferme, de l’accès aux crédits et primes, de coordination entre les différents acteurs de la filière (interprofession).

L’assistance de la banque mondiale

 « Le défi est de pouvoir substituer la production nationale aux importations sans pénaliser le consommateur, sans augmenter la facture totale des aides de l’Etat (primes à la production et subventions aux importations). Le problème se pose dans des termes plus ou moins semblables pour d’autres produits agricoles stratégiques » a affirmé M. Oka. C’est pour l’aider à répondre à ce défi que le MADR a sollicité la Banque mondiale pour une assistance technique. L’objectif principal de cette assistance était d’aider le MADR et ses partenaires publics et privés à la dynamisation des filières (notamment la filière lait) et à la mise en place de pôles agroalimentaires intégrés (PAI). Dans le cadre de la première phase de cette assistance technique, la filière lait a été retenue. Le travail a commencé par la sélection d’une wilaya pilote (Sétif) à travers une analyse multicritères et par l’organisation d’une série de rencontres– ateliers réunissant, pour la première fois, tous les acteurs de la filière. Il s’agit notamment de mettre en synergie les actions des éleveurs, des producteurs de fourrages, des inséminateurs, vétérinaires, collecteurs, usines de lait, organismes techniques agronomiques, zootechniques et vétérinaires, des centres de formation et universités, de l’interprofession, de l’administration (MADR), de la Chambre d’agriculture, des institutions de crédit et d’assurances et des partenaires internationaux publics et privés. « Ces rencontres ont débouché sur l’établissement d’un diagnostic exhaustif faisant ressortir tous les problèmes auxquels l’ensemble des acteurs est confronté. Un programme d’actions structurantes a été établi » a indiqué M. Oka. « Les objectifs envisagés pour la seconde phase sont : la poursuite du travail entamé pour la filière lait dans la wilaya de Sétif,  l’extension de l’initiative PAI-Lait aux wilayas voisines et  l’élargissement à d’autres filières stratégiques dans la même zone en vue de passer de la notion de filière à la notion de véritable pôle agroalimentaire intégré multi filières » a-t-il ajouté. Selon M. Oka, le développement agricole d’un territoire implique presque toujours plus d’une filière et l’approche de pôle intégré permet de réaliser une économie d’échelle en mettant en commun les diverses ressources humaines, matérielles et financières indispensables et en mobilisant les mêmes institutions administratives, scientifiques et financières. « Pour la filière lait, la vision à moyen terme est que l’Algérie ne devra plus recourir aux importations régulières et massives de lait en poudre car, en termes de potentiel réel, le pays a la capacité de produire tout le lait dont il a besoin » a estimé M.Oka.

A. S.