La semaine dernière, le prix spot du Brent a atteint à la clôture un sommet de 11 mois, à 56 dollars le baril, soutenu par la promesse de l'Arabie saoudite de réduire sa production de 1 million de baril par jour (mb/j), un dollar faible à son plus bas niveau depuis 2018, et une forte hausse des marchés boursiers relève l’IFP Energies Nouvelles (Ifpen), dans son « tableau de bord » sur les marchés pétroliers, publié hier.

En moyenne hebdomadaire, le Brent, sur le marché à terme de Londres, a gagné +2,6 dollars le baril (+5,1%) pour atteindre 53,9 dollars le baril. Le WTI suit la même tendance et gagne sur la semaine +2,1 dollars le baril (+4,4 %) à 50,3 dollars le baril. « La structure des prix du Brent en déport ou « backwardation » s'intensifie, signe que le marché pétrolier se resserre et le nombre de positions longues nettes est en hausse de +2,6% sur la semaine » analyse l’institut de recherche français. Ce dernier indique que pour 2021, la valeur médiane du consensus Bloomberg pour le prix du Brent est de 50 dollars le baril. Les économistes interrogés par l'agence de presse américaine prévoient une augmentation progressive du prix du Brent au cours des cinq prochaines années pour atteindre 62 dollars le baril en 2025. « Dans un contexte de reprise de la demande de pétrole, stimulée entre autres par le démarrage des programmes de vaccination dans de nombreuses régions du monde, l'OPEP+, lors de sa réunion du 5 janvier, a reconnu la nécessité de remettre progressivement 2 mb/j sur le marché du pétrole » rappelle l’Ifpen. L’OPEP+ a également reconfirmé la décision d'augmenter la production de 0,5 mb/j à partir de janvier 2021, ajustant ainsi la réduction de la production de 7,7 mb/j à 7,2 mb/j. « La surprise est venue en marge de la réunion avec l'annonce par l'Arabie saoudite d'une réduction volontaire (non enregistrée dans les quotas publiés par l'OPEP) de 1 mb/j » relève l’institut français. Pourtant, selon l'AIE et les autres agences statistiques (EIA et OPEP), le marché pétrolier devrait être déficitaire en 2021 entre 0,8 et 1,6 mb/j en moyenne. « Dans ce contexte, l'annonce de l'Arabie saoudite a surpris les marchés, expliquant l’augmentation de +3 dollars le baril du prix du Brent. La position du royaume peut cependant s’expliquer du point de vue des stocks pétroliers, de l’évolution récente de la demande et de la production OPEP » souligne l’Ifpen. En décidant de réduire volontairement sa production, « l'Arabie saoudite vise en priorité les stocks de pétrole qui se sont accumulés ces derniers mois » explique l’Institut. En effet, selon le dernier rapport de l'AIE (décembre 2020), le surplus de pétrole accumulé au cours des 3 premiers trimestres de l'année 2020 dépasse 1200 millions de barils. Une bonne partie se trouve actuellement dans les stocks des pays de l'OCDE, dans les stockages offshores et en Chine, le reste étant plus difficile à suivre et échappant aux statistiques. Selon les dernières données disponibles, les stocks commerciaux de l'OCDE ont baissé de 55,3 millions de barils (1,78 millions de barils par jour) à 3 129 millions de barils, mais restent supérieurs de plus de 183 millions de barils à la moyenne quinquennale. Les stocks en mer ont également diminué cette semaine, mais sont toujours près du double des niveaux de l'année dernière. Aux États-Unis, selon les données hebdomadaires de l'Agence EIA, pour la semaine du 1er janvier, les stocks de pétrole brut ont diminué de 8 mb pour atteindre 485,5 millions de barils, soit 48,7 millions de barils de plus que la moyenne quinquennale.  Mais la décision de l'Arabie saoudite s'explique aussi par l'évolution de la demande. Si les campagnes de vaccination ont donné de l'espoir, la plupart des scénarios actuels n'envisagent pas de reprise avant le deuxième, voire le troisième trimestre de cette année. La récente recrudescence des cas de COVID-19 aux États-Unis, au Japon, en Chine et dans de nombreux pays européens a incité plusieurs gouvernements à renforcer les protocoles sanitaires et à restreindre à nouveau les déplacements. Les données enregistrées par les systèmes GPS des voitures le confirment, avec une tendance à la baisse et des indicateurs de nouveau inférieurs aux niveaux d'avant la crise pour la majorité des pays. Aux États-Unis, la demande de produits pétroliers légers a baissé la semaine dernière de 14 % en glissement annuel, principalement en raison du retournement de la demande de distillats (-13 %) et de la baisse de la demande d’essence (-9%). Enfin, ajoute l’Ifpen, la position de l'Arabie saoudite est également prudente compte tenu de la reprise de la production en Libye. Après être tombée à 80. 000 barils par jours en août 2020, la production a été multipliée par 15 pour atteindre 1210 000 barils par jour en décembre, au niveau d'octobre 2018. Cette augmentation record, plus rapide que prévu, explique l'augmentation de la production de l'OPEP en décembre (+190 000 barils par jour dont +120 000 barils par jour pour la Libye).

A.S.