Dans la première moitié de l'année 2016, l'économie algérienne a connu une croissance de 3,6 %, comparée aux 3,9 % de l'année 2015.

La forte baisse des prix du pétrole a été compensée par la hausse de la production d'hydrocarbures et le niveau élevé des dépenses publiques. L'augmentation de l'inflation et du chômage a accompagné un profond déficit à deux chiffres de la balance extérieure. Sur les 2 ou 3 prochaines années, la croissance devrait ralentir alors que le gouvernement met en place des mesures d'assainissement budgétaire prévoit la Banque Mondiale. Selon la banque mondiale, malgré la forte baisse des prix du pétrole et une météo défavorable, l'Algérie a été en mesure de maintenir une croissance économique respectable en 2015 et au premier semestre de l'année 2016. En 2015, la croissance a augmenté à 3,9 % en raison de la hausse la production d'hydrocarbures dans la décennie et de la croissance hors hydrocarbures, et ce malgré les dommages causés à l'économie par la baisse des prix du pétrole. Durant la première moitié de l'année 2016, l'Algérie a maintenu une croissance relativement forte à 3,6 % (sur 12 mois), soutenue par la récupération progressive de la production d'hydrocarbures qui est venue atténuer la croissance plus lente du secteur hors hydrocarbures. La production d'hydrocarbures a connu une croissance de 3,2 % durant le premier semestre de l'année 2016, une hausse de 0,8 % par rapport à la même période en 2015. La production hors hydrocarbures a ralenti de 5,1 % au premier semestre 2015 à 3,8 % aujourd'hui. Ce ralentissement est dû à un affaiblissement de la croissance dans le secteur de l'agriculture (en raison de la mauvaise météo), dans l'eau et l'énergie, et d'autres industries. Sur le marché de la demande, la consommation gouvernementale a augmenté sa contribution à la croissance en 2015 et pendant la première moitié de 2016, en même temps que le déclin de la contribution de la consommation privée et des investissements.

La persistance du niveau élevé du chômage des jeunes a entravé la réduction de la pauvreté et des inégalités.

Le maintien de la croissance s'est fait au prix de l'élargissement du déficit budgétaire, qui a plus que doublé en 2015 pour atteindre 16,2 %, en raison du retard des mesures d'assainissement budgétaire. Ce déficit s'est élargi encore davantage au premier semestre 2016, en raison des difficultés du gouvernement à mettre en place les mesures budgétaires envisagées dans la loi 2016 sur le budget. Cette dernière appelle à une réduction de 9 % des dépenses (principalement des investissements) et une augmentation de 4 % de l'impôt sur le revenu, basée sur la hausse de 36 % du prix de l'essence et des taxes plus élevées sur l'électricité et les immatriculations de véhicule. Le budget permet également aux autorités financières d'autoriser des réductions supplémentaires si les prix du pétrole passent en dessous de l'hypothèse de prix moyen, et au besoin d'effectuer des emprunts extérieurs. Cependant, les dépenses gouvernementales sont montées en flèche au premier trimestre 2016 (une hausse d'environ 60 % sur 12 mois), indiquant des difficultés pour mettre en place un assainissement budgétaire. Le déficit du compte courant s'est stabilisé à 16,5 % du PIB en 2015, mais s'est détérioré au premier semestre 2016. La valeur des importations a baissé de 11,8 % 2015 et 8,7 % (sur 12 mois) au premier semestre 2016, pas assez pour compenser les chutes de 42,3 % et 36,6 % sur 12 mois), respectivement en 2015 et au premier semestre 2016. En 2016, l'introduction de nouvelles licences d'importation a permis de limiter encore plus le déficit du compte courant. Malgré une politique monétaire stricte, l'inflation a atteint 4,8 % en 2015, reflétant en partie l'effet d'une dépréciation nominale du dinar d'environ 20 %, destiné à corriger le déséquilibre extérieur. Durant la première moitié de l'année 2016, les autorités monétaires ont autorisé une dépréciation supplémentaire du dinar, alors que le gouvernement essayait d'éviter une baisse rapide des réserves de change et de les maintenir au-dessus de 100 millions de dollars US. La dépréciation du dinar devrait maintenir une pression inflationniste élevée, avec une prévision de l'inflation à 5,9 % en 2016. La persistance du niveau élevé du chômage des jeunes a entravé la réduction de la pauvreté et des inégalités. En 2015, le taux de chômage a dépassé les 2 chiffres pour atteindre 11,2 %, n'a pas changé de façon significative dans la première moitié de l'année 2016, et reste particulièrement élevé parmi les femmes (16,6 %) et les jeunes (29,9 %). Les plus défavorisés dépendent fortement de l'agriculture de subsistance pour générer un revenu. En région urbaine, l'emploi informel prédomine parmi ces populations. Le secteur formel est dominé par les fonctionnaires et les employés des entreprises publiques. Il existe de grandes différences de parité dans le marché du travail ; les femmes ont moins de chances d'être employées par le gouvernement et le secteur privé formel.

La croissance du PIB réel devrait ralentir à 3,6 % en 2016 et baisser à 2,6 % en 2018.

La croissance du PIB réel devrait ralentir à 3,6 % en 2016 et baisser à 2,6 % en 2018. En 2017 et en 2018, la hausse significative de la production d'hydrocarbures ainsi que l'ouverture de nouveaux puits de pétrole viendront atténuer l'impact négatif du déclin prévu des prix du pétrole sur les secteurs non pétroliers réels. Il est prévu que le taux de chômage élevé pèse sur la dépense des ménages. La ligne de référence suppose que le gouvernement fera un certain nombre de progrès, par exemple en termes d'assainissement budgétaire. Cela étant, le déficit budgétaire devrait rester élevé, à environ 13,2 % du PIB en 2016 (bien qu'il devrait se réduire à 8 % en 2018) alors que les prix bas du pétrole pèsent sur les recettes fiscales. Avec l'épuisement de l'épargne budgétaire (Fonds de Régulation des Recettes, FRR), il est attendu que le déficit soit financé par l'émission de nouvelles dettes, avec une hausse du taux de dette sur PIB de 13,6 % du PIB en 2016, à 25,1 % en 2018. Le déficit du compte courant devrait se réduire légèrement, de 15,5 % du PIB en 2016 à 10,4 % en 2018. Ces perspectives sont sujettes à au moins deux risques clé de ralentissement, la volatilité des prix du pétrole et le mécontentement social. La dépendance de l'Algérie aux revenus du pétrole la rend extrêmement vulnérable à la volatilité globale des prix du pétrole face aux importantes réserves mondiales, et une récupération de la demande plus faible que prévu. Une chute des prix du pétrole pourrait également affecter l'investissement dans le secteur des hydrocarbures. L'augmentation du mécontentement social vis-à-vis des coupes budgétaires, de l'augmentation des taxes et du taux de chômage élevé chez les jeunes pose également un risque. La volonté politique et le consensus national tendent lentement vers la rationalisation de subventions inefficaces, inéquitables et coûteuses, mais de telles réformes nécessiteraient des dispositifs de protection, un système de transferts monétaire à la portée des plus défavorisés, une campagne médiatique suscitant de l'opposition lors de sa mise en place, et enfin un système statistique robuste permettant la surveillance fréquente des conditions de vie des ménages. « Il est très peu probable que les mesures mentionnées précédemment soient mises en place à court terme » estime la Banque mondiale.

A. S.