Le président français François Hollande a effectué hier à Alger une brève visite à l'invitation de son homologue Abdelaziz Bouteflika, un interlocuteur de premier plan sur les crises au Mali et en Libye, voisins de l'Algérie.

"J'attache beaucoup d'importance au dialogue politique entre la France et  l'Algérie car nos deux pays contribuent à la stabilité et à la sécurité dans la  région", écrit François Hollande dans une tribune publiée par Le Quotidien  d'Oran. M. Hollande a atterrit en milieu de journée à Alger, où il  a rencontré le Premier ministre Abdelmalek Sellal, puis M. Bouteflika, avant  une conférence de presse. Après celle de décembre 2012, cette visite est sa deuxième en tant que chef  de l'Etat dans une capitale où il a effectué un stage d'étudiant, et entamé sa  campagne pour la primaire socialiste fin 2010. La situation dans les pays voisins de l'Algérie sera au cœur des  entretiens car elle inquiète tant Paris qu'Alger. L'Algérie s'est fortement impliquée dans le dossier malien en accueillant  les pourparlers ayant mené aux accords pour la paix et la réconciliation  conclus le 15 mai. C'est à Alger que la rébellion malienne à dominante touareg  s'est engagée le 5 juin à les signer. Sur le dossier de la Libye, un pays en plein chaos et gangrené par la  progression du groupe Etat islamiste, les Algériens "sont pragmatiques et  centrés sur les questions de stabilité et de sécurité", se félicite Paris. "La Libye est un pays ami qui mérite nettement mieux qu'une simple  expédition militaire", a estimé M. Sellal dans un entretien au Parisien. Situation économique difficile  La visite "de travail et d'amitié" de M. Hollande selon l'agence APS,  intervient dans un contexte "marqué par un approfondissement significatif du  dialogue et de la concertation politiques entre les deux pays", note la  présidence algérienne.  Cette précision" de la présidence "sonne comme une mise au point à ceux  qui soutiennent que la visite de Hollande répond à un autre agenda", alors que  la succession de M. Bouteflika est un sujet récurrent dans son pays.    François Hollande "ne se mêlera ni directement ni indirectement" de la  question de la succession de M. Bouteflika "qui à mon sens n'est pas une  question posée aujourd'hui", affirmait récemment un diplomate français. Réélu l'année dernière pour un quatrième quinquennat, M. Bouteflika, 78  ans, physiquement affaibli à la suite d'un AVC en 2013 "conduira son mandat  jusqu'à son terme" au printemps 2019, deux ans après la présidentielle  française, a assuré son directeur de cabinet Ahmed Ouyahia. Celui-ci a aussi exclu le scénario d'une succession dynastique.  L'opposition prête des intentions présidentielles au frère du chef de l'Etat,  Said, son conseiller spécial depuis sa première élection en 1999. La visite de Hollande est "une manière de soutenir l'Algérie qui traverse  une situation économique difficile (...) à cause de l'effondrement des prix du  baril" de pétrole qui rapporte à l'Algérie plus de 95% de ses recettes  extérieures, note l'historien Pierre Vermeren, spécialiste du Maghreb.  Partenariat stratégique Son arrivée à l'Elysée, après une période de froid sous son prédécesseur  Nicolas Sarkozy, a permis un resserrement de la relation bilatérale qui s'est  notamment traduit par une intensification de la coopération dans la lutte  contre les mouvements jihadistes dans le Sahel. Et même si la question de la repentance française pour son passé colonial  reste présente dans la presse et l'opposition, elle n'est plus évoquée par les  dirigeants algériens. Par ailleurs, la France, qui peine à s'extirper de sa crise économique, et  l'Algérie, confrontée à une baisse de ses revenus pétroliers, souhaitent  intensifier leur "partenariat stratégique", conclu en 2012. Ce partenariat, qui a enregistré "ces dernières années des avancées  importantes", devrait connaître "d'autres progrès dans plusieurs secteurs",  parie la présidence algérienne. La France veut récupérer le rang de premier fournisseur de l'Algérie, perdu  en 2013 au profit de la Chine. Paris, qui exporte notamment des céréales, des  médicaments et des voitures, est actuellement le deuxième partenaire de  l'Algérie avec des échanges s'élevant à 10,5 milliards d'euros en 2014. Environ 7.000 entreprises françaises exportent dans ce pays et 450 y sont  installées, dont quelques grands groupes comme Alstom, Lafarge, Danone ou  encore Renault et Suez, mais également des PME.  Ces entreprises sont de plus en plus nombreuses à faire appel à une forte  communauté de binationaux dans leur conquête du marché algérien. Quelque "sept  millions" de Français "ont un lien direct avec l'Algérie", a affirmé en février  l'ambassadeur de France à Alger, Bernard Emié A.M.