Des experts et organisations internationales  préviennent contre une "crise de l'eau" aux impacts potentiellement graves,  générés notamment par le réchauffement du climat et la pollution, et qui se  font sentir dans plusieurs parties du globe où les reserves d'eau douce  sont en péril.

 

Cours d'eau bétonnés par des barrages qui n'arrivent plus jusqu'à la mer,  nappes aquifères millénaires vidées jusqu'à la dernière goutte, eaux  contaminées par diverses pollutions... Les réserves d'eau douce de la  planète étaient déjà en péril, avant même que les effets potentiellement  dévastateurs du réchauffement ne se fassent sentir, selon les experts. La planète, dont 97% de l'eau est salée, est traversée par un flux d'eau  douce renouvelable de 42.810 milliards de mètres cubes par an, soit 16.216  litres par personne et par jour, près de quatre fois la consommation des  habitants des Etats-Unis, selon des données de la FAO (2016). En prélevant près de 4.000 milliards de mètres cube d'eau douce en 2014,  l'être humain consommait moins d'un dixième des ressources renouvelables à  disposition. Aussi, plus d'un quart des ressources renouvelables (qui ne comprennent  pas les glaces de l'Antarctique, environ 60% des réserves de la planète) se  trouvent en Amérique latine, contre soixante fois moins au Moyen-Orient et  en Afrique du Nord. Sur la plaine de l'Indus et du Gange, où vivent quelque 600 millions de  personnes en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, "l'eau souterraine est  pompée à un rythme intenable et terrifiant", constate Graham Cogley, de  l'université canadienne de Trent. Et plus de la moitié de l'eau, contaminée  par le sel et l'arsenic, est impropre à la consommation et à l'irrigation,  selon une récente  étude. En outre, les nappes souterraines fournissent de l'eau potable à au moins  la moitié de l'humanité ainsi que 40% de l'eau utilisée pour l'agriculture.  Mais les aquifères ne se remplissent pas aussi facilement qu'un réservoir  après une averse: à l'échelle de temps humaine, ils ne sont pas une  ressource renouvelable.    "Un demi milliard de personnes dans le monde font face à des pénuries  toute l'année", dont plus d'un tiers en Inde, indique Arjen Hoekstra, de  l'université de Twente aux Pays-Bas cité par l'AFP.

  

Pénurie et épuisement des sous-sols 

        

Les réserves souterraines, dont dépend un tiers des habitants de la  planète, sont menacées d'épuisement, s'alarme l'Onu. 20% d'entre elles sont  sur-exploitées. D'après les données de la FAO (2014), 45 pays comme l'Afrique du Sud,  Chypre ou le Maroc sont en situation de pénurie (définie par les Nations  unies lorsque les ressources sont inférieures à 1.000 mètres cube par  habitant par an), dont 29 en situation de pénurie extrême (moins de 500  mètres cubes) comme en Israël et au Qatar. La pénurie d'eau dans la ville du Cap en Afrique du sud illustre la  complexité de la fourniture en eau, ressource toujours plus demandée, et  pourtant abondante. En 2014, la demi-douzaine de réservoirs qui  approvisionnent les 4 millions d'habitants du Cap étaient remplis. Mais  après trois ans de sécheresse historique, les réserves d'eau sont au plus  bas, et les habitants sont invités à ne pas utiliser plus de 50 litres par  jour et par personne.   En plus du Cap, des pénuries consécutives à des sécheresses ont par  exemple frappé en 2016 Freetown en Sierra Leone, La Paz en Bolivie ou  Ouagadougou au Burkina Faso Par ailleurs, des experts s'inquiètent d'une possible disparition, d'ici  quelques dizaines d'années, des réserves aquifères dans une partie du  bassin du Gange en Inde, dans le sud de l'Espagne et de l'Italie, ou encore  dans la vallée centrale de la Californie aux Etats-Unis.

Pollution et changement climatique, des facteurs pesants 

La pollution, le changement climatique et une mauvaise gestion des  ressources sont autant d'autres facteurs pesant sur la distribution en eau,  note la Banque mondiale.

Ainsi, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du  climat (Giec) soulignait en 2014 que pour chaque degré celsius de  réchauffement climatique, environ 7% de la population mondiale perdrait au  moins 20% de ses ressources en eau renouvelable. Le Giec prévoit des sécheresses plus importantes et plus fréquentes dans  les zones déjà arides, réduisant les ressources en eau. Selon les  scientifiques, la planète a déjà gagné 1 C depuis l'ère pré-industrielle,  et pourrait encore gagner un ou deux degrés. Or, selon les experts du  climat de l'ONU (Giec), à chaque degré supplémentaire, environ 7% de la  population mondiale perdrait au moins 20% de ses ressources en eau  renouvelable. D'ici 2030, le monde devra ainsi faire face à un déficit en eau de 40% si  rien n'est fait pour contenir le réchauffement. Et dans le même temps, la  demande mondiale d'eau devrait s'accroître de 55%, sous la pression des  métropoles des pays en développement. La perspective de canalisations vides hante déjà certaines zones urbaines,  comme en Californie qui sort de cinq années de sécheresse ou à Sao Paulo  qui est passé tout près de son "Jour Zéro" en 2014-2015.

R.N