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Catégorie : Actualite

La levée des sanctions liées au programme nucléaire de l’Iran aura une incidence considérable sur le marché mondial du pétrole, l’économie iranienne et les partenaires commerciaux du pays.

Selon des estimations de la Banque mondiale, le retour complet de l’Iran sur le marché mondial aura pour effet, à terme, d’accroître d’environ un million de barils la production journalière de pétrole, réduisant l’an prochain de 10 dollars le prix du baril. Le durcissement des sanctions, en 2012, qui interdisait l’achat et le transport de pétrole brut et de gaz naturel iraniens à destination de l’UE, a profondément touché le secteur pétrolier du pays. En l’espace d’un an, les exportations iraniennes de pétrole sont tombées de 2,8 Mb/j, en juillet 2011, à moins de 1 Mb/j, en juillet 2012. La moitié de cette réduction était due au boycott du pétrole iranien par les sociétés européennes. L’autre moitié était liée à la baisse des achats des pays asiatiques. L’interdiction imposée aux sociétés européennes d’assurer les expéditions de pétrole iranien a freiné les ventes de brut iranien à tous ses clients. Depuis 2014, et grâce à des levées partielles des sanctions, les exportations de pétrole ont légèrement progressé alors que des pays non membres de l’UE ont réussi à remplacer les couvertures d’assurance préalablement fournies par les compagnies européennes. Des pays asiatiques ont fourni des garanties souveraines pour les navires transportant du pétrole brut et des condensats iraniens. La Chine et l’Inde ont également commencé à accepter des garanties iraniennes sur les navires transportant du pétrole vers leurs raffineries. Aujourd’hui, les plus grands acheteurs de pétrole brut et de condensats iraniens sont la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Turquie. Il n’en reste pas moins que les exportations iraniennes n’ont toujours pas retrouvé les niveaux d’avant les sanctions. L’accord sur le nucléaire et la levée des sanctions pourraient entraîner la hausse progressive des exportations pétrolières. S’il faudra du temps pour rétablir la production pétrolière en raison du sous-investissement dont souffre le secteur, la majorité des observateurs estiment que les exportations de brut iranien pourront retrouver leurs niveaux de l’avant 2012 d’ici 8 à 12 mois. Cela signifie qu’un million de barils de pétrole brut supplémentaires arriveront chaque jour sur le marché. Les simulations réalisées à l’aide d’un modèle d’équilibre général calculable (EGC) multipays et multisectoriel montrent que, en l’absence d’intervention stratégique des membres de l’OPEP et des autres pays producteurs de pétrole, les cours internationaux du pétrole baisseront de 14 %.  En supposant que le prix du pétrole à terme pour livraison en décembre 2015 soit de 66 dollars le baril, le prix du pétrole devrait ainsi être ramené à 56 dollars. La Banque mondiale estime qu’une baisse de 10 dollars du prix du pétrole pourrait peser sur les soldes budgétaires des principaux exportateurs de la région MENA, à hauteur d’environ 5 % du PIB en Arabie saoudite et de 10 % du PIB en Libye. Cette baisse représente une perte de recettes annuelles d’exportation de 40 milliards de dollars pour l’Arabie saoudite et de 5 milliards de dollars pour la Libye. L’Iran sera le pays exportateur de pétrole le moins touché, car les recettes supplémentaires découlant de la hausse de ses exportations l’emporteront sur les effets négatifs de la baisse des cours pétroliers. La balance des opérations courantes de tous les pays exportateurs de pétrole de la région MENA se détériorera également. Parallèlement, les pays importateurs bénéficieront de la baisse des cours mondiaux du pétrole. Les plus gros importateurs, à savoir l’UE et les États-Unis, seront les grands gagnants en valeur absolue mais pas en pourcentage de leur PIB. Les pays dotés d’importants secteurs pétrochimiques, dont les États-Unis, la Russie et Israël, ainsi que les ainsi que les membres de l’UE, connaîtront une augmentation de leur production. Bien qu’il faudra du temps pour que les exportations pétrolières iraniennes retrouvent leur niveau de l’avant 2012, la réaction immédiate du marché pétrolier pourrait tenir compte des 30 à 40 millions de barils de pétrole brut et de condensats stockés dans le golfe Persique. De nombreux observateurs estiment que l’Iran pourrait immédiatement exporter environ 400 000 à 500 000 barils par jour issus de ces stocks, qui dureraient environ trois mois, et se préparer en quelques mois en vue d’accroître sensiblement ses exportations pétrolières. Les effets à court terme sur les cours pétroliers resteraient à la baisse, mais moins que ce qui est prévu lorsque les exportations iraniennes retrouveront leur niveau maximum. A.S.