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Catégorie : Actualite

Le Plan national cancer a permis une "prise de conscience" de la maladie par le personnel soignant et la population, a affirmé mardi à Alger, le Pr Kamel Bouzid, imputant la responsabilité des failles existantes à certains responsables locaux de la santé.

"L’acquis majeur du Plan cancer est d’avoir permis une prise de conscience de la maladie par les personnels soignants et la population alors que l’évolution des infrastructures dédiées à sa prise en charge ont complètement changé la donne", a souligné le Pr Bouzid, au forum d’El-Moudjahid, consacré à la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le cancer (4 février). Le chef de service d’oncologie au Centre Pierre et Marie Curie (CPMPC) du CHU Mustapha d’Alger s’est félicité, à ce propos, de "l’effort gigantesque" consenti par les pouvoirs publics pour, entre autres, augmenter le nombre d’accélérateurs, passant de 10 en 2013 à 43 en 2018 pour le secteur public. Ce qui permettra à l’Algérie d’être conforme au standard fixé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en la matière, a-t-il observé, notant, toutefois, la répartition géographie "disparate" de ces instruments sur le territoire national. "L’Algérie est en mesure de soigner tout types de cancers sans recourir aux transferts à l’étranger, exception faite pour les greffes de la moelle s’agissant d’enfants de moins de 4 ans", a-t-il soutenu, avant d’estimer "raisonnables" les délais de rendez-vous pour la radiothérapie, comparativement à un pays aussi avancé que la France. "Si ce plan a péché par certains aspects, c’est parce qu’il n’y a pas eu l’implication lourde de tous les directeurs de la Santé et de la Population (DSP) dont certains ont rechigné à l’appliquer et n’étaient pas investis dans la priorité nationale", a déploré le spécialiste. Evoquant les contraintes liées à la mise en œuvre de ce Plan quinquennal (2015-2019), le Pr Bouzid a fait état de "mauvaise volonté" et d’"un problème visiblement de niveau de compréhension" chez les mis en cause, citant le cas d’un DSP ayant "refusé de signer le cahier de charge" qui lui incombait. De même qu’il s’est indigné de la non exploitation du Fonds dédié à la lutte contre le cancer bien qu’il soit, a-t-il noté, "alimenté par les diverses taxes" et qu’il soit destiné notamment aux volets liés à la prévention, au dépistage et à la maintenance des équipements. Rappelant le remboursement par la Sécurité sociale de quelques médicaments anticancéreux, il a estimé nécessaire l’inclusion d’autres types de produits pharmaceutiques ainsi que la "redéfinition de fond en comble" du forfait hôpital s’agissant de la prise en charge des ressortissants algériens en France. Par ailleurs, il a déploré "l’absence" du cadre devant réglementer le  recours aux médicaments bio-similaires, de même que la "non optimisation" des traitements administrés aux cancéreux dans le secteur public, dénonçant un "gaspillage" de ces ressources, dans un contexte économique marqué pourtant par une crise financière. Pour y remédier, il a préconisé notamment "le rejet" par les pharmaciens des ordonnances jugées "faramineuses", de même qu’il a plaidé pour une "renégociation" par les pouvoirs publics des tarifs imposés par les firmes et autres laboratoires pharmaceutiques internationaux. Interrogé sur le prochain Plan cancer devant couvrir le quinquennat 2020-2024, le spécialiste a plaidé pour une "évaluation objective" des aspects positifs et des lacunes contenus dans le premier plan, l’enjeu étant de "réduire la mortalité et l’incidence" de cette maladie en Algérie. Pour y parvenir, le Pr Bouzid a, enfin, recommandé aux citoyens de "revenir au régime alimentaire" de leurs aînés, de pratiquer une activité physique et mis en garde contre les dangers de l’obésité, tout en soulignant la nécessaire implication d’autres secteurs (agriculture, environnement, etc) pour la réalisation de ces objectifs.

A.A