La Compagnie française d'assurance pour le   commerce extérieur (Coface) a estimé hier à Paris que la croissance de  l'Algérie restera « modérée » en 2019, tout en maintenant pour la troisième   année consécutive la note "C" dans son guide annuel des risques pays.

La Coface table sur une croissance de 2,3% en 2019. Dans son analyse risque pays, la Coface indique que l’augmentation du cours du pétrole a permis à l‘économie algérienne de reprendre de l’allant en 2018. Les recettes d’exportations d’hydrocarbures, qui représentent 93 % des volumes exportés, se sont accrues allégeant la pression sur les recettes budgétaires, permettant, ainsi, à l’État de poursuivre sa politique de soutien à l’activité. A contrario, les volumes exportés ont baissé au cours de l’année, à cause du recul de la production. Cette dernière reste pénalisée par le manque d’investissement et l’arrivée à maturité des champs. Afin de répondre à ces enjeux, le gouvernement devrait mettre en place une nouvelle loi pétrolière qui serait effective en 2019. Elle aurait pour objectif d’attirer les investissements étrangers. La seconde piste envisagée serait la diversification des sources et modes de production avec le développement de l’offshore et l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels. La Sonatrach, une entreprise publique algérienne avec pour objectif principal le développement des ressources hydrocarbures du pays, a en effet annoncé que les premiers forages de gaz de schiste devraient débuter courant 2019, ce qui devrait permettre au secteur de retrouver un nouveau souffle. En dépit d’un marché pétrolier qui devrait rester favorable aux exportateurs d’hydrocarbures, l’activité algérienne devrait légèrement ralentir en 2019. L’État devrait bénéficier de marges de manœuvre budgétaire supplémentaires, mais à la veille des élections présidentielles de 2019, ces dernières seraient axées sur des mesures sociales. Les transferts sociaux devraient en effet augmenter, ce qui soutiendrait la consommation des ménages, mais les dépenses d’investissements publics devraient marquer le pas. Le ralentissement de l’économie hors hydrocarbures notamment des secteurs fortement dépendants de la dépense publique et un climat des affaires peu favorable devraient continuer à pénaliser l’investissement privé. L’inflation devrait se stabiliser, mais à un niveau élevé. La Coface prévoit un taux d’inflation de 6,7%. La politique de financement non conventionnel (recours à la création monétaire) mis en place en septembre 2017 se poursuivrait pour répondre au besoin de financement de l’État.

Des déficits jumeaux conséquents

En dépit de la politique budgétaire expansionniste du gouvernement, l’amélioration de la conjoncture pétrolière a favorisé une légère diminution du déficit public en 2018, qui devrait se poursuivre en 2019. Il n’en demeure pas moins conséquent. La loi de finance qui se base sur une prévision du prix du pétrole relativement prudente de 50 USD a, anticipe une légère hausse des recettes publiques. Elles devraient également bénéficier de la dépréciation du dinar algérien, dont le taux de change administré est estimé à 118 DZD/1 USD contre 115 DZD/1 USD en 2018. Le gouvernement ne prévoit pas la mise en place de nouvelles taxes et impôts et le budget alloué aux subventions qui représente 8 % du PIB devrait rester inchangé. Les dépenses de fonctionnement et les transferts sociaux (notamment en soutien des familles), devraient augmenter au détriment des dépenses d’équipement. Tout comme en 2018, le déficit public devrait être financé directement par des emprunts effectués auprès de la banque centrale. La dette publique devrait augmenter en conséquence, mais elle restera majoritairement domestique. Elle pourrait atteindre 34,9% du PIB. Le recours à l’endettement extérieur reste pour le moment exclu par les pouvoirs publics.Le déficit courant s’est nettement contracté en 2018. Les mesures de contrôle des importations combinées à une hausse des recettes d’exportations ont conduit à la baisse de l’important déficit commercial qui devrait se poursuivre en 2019 en dépit d’une légère hausse des importations. Les interdictions d’importer qui ont concerné une liste de 851 produits ont été remplacées en septembre 2018 par un nouveau dispositif tarifaire. Le droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) qui continuera probablement d’opérer en 2019. Il fixe des taxes douanières additionnelles allant de 30 à 200 % sur une liste de produit arrêter par une commission interministérielle dédiée. Les réserves de change qui représentent 16 mois d’importations en 2018, continuent de s’éroder, mais à un rythme moins rapide. Les IDE en direction de l’Algérie devraient néanmoins s’accroître, notamment grâce la nouvelle loi d’investissement dans le secteur pétrolier.

A.S.