Alors que le continent ambitionne d’atteindre la souveraineté vaccinale d’ici 2040 : L’Afrique importe plus de 70 % de ses médicaments

L’industrie pharmaceutique africaine fait face à un paradoxe : alors que le continent concentre près d’un quart de la charge mondiale de morbidité, il importe plus de 70 % de ses médicaments. Pour le patient diabétique en Afrique du Sud, la mère en quête de vaccins au Nigeria ou la personne âgée ayant besoin d’antibiotiques au Kenya.

Par K. Bensalem

 Ce recours aux importations les rend — ainsi que des millions d’autres — vulnérables aux pénuries et aux prix élevés, qui touchent particulièrement les populations à revenus faible et intermédiaire. Par l’intermédiaire des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), les dirigeants africains se sont fixé un objectif ambitieux : atteindre la souveraineté vaccinale d’ici 2040. Cela suppose que les fabricants locaux produisent 73 fois plus de vaccins qu’aujourd’hui. Un défi immense, mais vital pour la santé des 1,5 milliard d’habitants du continent et pour la création d’emplois essentiels. Pour relever ces défis et atteindre cet objectif, l’Afrique doit accélérer les partenariats innovants, mobiliser de nouveaux financements et faire évoluer les politiques publiques. Un exemple concret illustre cette démarche. Le Groupe de la Banque mondiale, via sa branche dédiée au secteur privé, la Société financière internationale (IFC), s’est associé à Aspen, multinationale spécialisée dans le secteur pharmaceutique, pour renforcer les capacités et l’expertise locales en production de médicaments. IFC a mis en place un financement à long terme de 1,1 milliard d’euros à travers deux opérations syndiquées : la première, en 2021, pour soutenir la chaîne d’approvisionnement en vaccins du continent face à la COVID-19 ; la seconde, en 2024, pour élargir l’accès aux médicaments essentiels en Afrique subsaharienne et renforcer la résilience financière ainsi que le fonds de roulement d’Aspen. Le financement total comprend 350 millions d’euros provenant du compte propre d’IFC et 750 millions mobilisés auprès d’autres institutions financières de développement (IFD) via des prêts parallèles. En renforçant la production locale de médicaments et de vaccins essentiels à travers l’Afrique, ce financement contribue à l’objectif du Groupe de la Banque mondiale : offrir à 1,5 milliard de personnes des services de santé de qualité et abordables d’ici 2030. « Même les médicaments essentiels étaient importés en Afrique, ce qui a été un vrai frein pendant la pandémie. Le principe “fabriquer en Afrique, pour l’Afrique” est donc vital. La production locale développe les compétences et crée plus d’emplois pour les communautés locales ». Le développement de l’industrie pharmaceutique africaine révèle tout le potentiel du secteur de la santé, au cœur de l’agenda du Groupe de la Banque mondiale pour la création d’emplois dans les pays en développement, alors que 1,2 milliard de jeunes s’apprêtent à rejoindre le marché du travail au cours de la prochaine décennie. La santé fait partie des secteurs à forte croissance offrant le plus grand potentiel de création d’emplois locaux, aux côtés des infrastructures et de l’énergie, de l’agriculture, du tourisme et de l’industrie manufacturière à forte valeur ajoutée. Pourtant, plusieurs obstacles freinent la croissance de l’industrie pharmaceutique locale en Afrique : marchés fragmentés, économies d’échelle limitées et forte prévalence de médicaments contrefaits. S’y ajoutent un accès restreint à la propriété intellectuelle et aux brevets, un manque d’information sur les politiques de localisation et la protection des fabricants locaux, une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, des cadres réglementaires faibles et un déficit de financements à long terme.

K.B.

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