Demande pétrolière résiliente et tensions sur l’offre : Le Brent à plus de 80 dollars le baril

En ce début d’année, les cours du pétrole brut sont en hausse pour la troisième semaine consécutive, portés par un contexte économique favorable, une demande pétrolière résiliente face au virus Omicron, mais aussi par les tensions sur l’offre mondiale de pétrole.  C’est ce que relève l’INFP Energies Nouvelles (Ifpen), dans son « tableau de bord » sur les marchés pétroliers. 

Par Abdelkrim Salhi

En moyenne hebdomadaire, indique l’Institut de recherche français, le Brent sur le marché à terme de Londres a progressé la semaine dernière de +2,5% à 80,7 dollars le baril. Le WTI à New York a également suivi la même tendance avec une hausse de +2,4% à 77,9 dollars le baril. Les données de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) montrent que sur les marchés financiers, les gestionnaires de fonds, confiants dans l’économie et l’évolution de la demande de pétrole, ont fortement augmenté leurs positions spéculatives nettes longues sur le Brent et le WTI de 15 261 contrats (+3,4%) pour atteindre 463 646. Le consensus des économistes interrogés par Bloomberg au 4 janvier 2022 prévoit un prix de 73 dollars le baril pour 2022, en hausse par rapport à la moyenne de 71 dollars le baril en 2021. Le prix à terme pour 2022, basé sur les contrats à terme, est de 77,3 dollars le baril. Selon les dernières prévisions des grandes institutions financières, les perspectives économiques pour 2022 sont assez favorables. La croissance du PIB réel devrait être dynamique et l’inflation, tout en restant élevée à court terme, pourrait refluer plus tard dans l’année. Dans ses dernières Perspectives économiques, publiées début décembre 2021, l’OCDE prévoit en 2022 une croissance du PIB réel de +4,5 % pour le monde, +3,7 % aux États-Unis et +4,3 % dans la zone euro, avec une inflation de 4,4 % aux États-Unis et 2,7 % dans la zone euro. Néanmoins, ces perspectives sont soumises à des incertitudes importantes, principalement liées à la pandémie. Dans son analyse, la BCE envisage actuellement deux scénarios : un scénario modéré, avec une résolution rapide de la pandémie dès 2022 avec une forte croissance à court terme, et un scénario sévère, caractérisé par des vagues pandémiques récurrentes et la poursuite de la crise sanitaire jusqu’à mi-2023, entraînant une récession technique et des pressions désinflationnistes. Selon les dernières analyses mensuelles de l’AIE, de l’EIA et de l’OPEP, la demande de pétrole devrait augmenter en 2022 de +3,6 millions de barils par jours (mb/j) en moyenne et de +2,8 mb/j au premier trimestre 2022. Ces prévisions, qui datent de la mi-décembre, n’ont pas encore pleinement intégré la vague de contaminations de la variante Omicron, qui continue de battre des records, le nombre total de cas de Covid-19 enregistrés dans le monde dépassant cette semaine les 300 millions. Même si les mesures sanitaires mises en place par les gouvernements pour endiguer cette nouvelle vague sont moins sévères que pour les vagues précédentes, leur impact sur le trafic routier et le secteur aérien se mesure déjà. Selon les données enregistrées par les services de mobilité, les déplacements routiers ont fortement baissé en un mois, principalement en Europe : -9% en France et en Allemagne, -20% au Royaume-Uni et -14% aux Etats-Unis. Concernant le secteur de l’aviation, on observe également une baisse de 8% du nombre total de vols commerciaux. Dans ce contexte incertain, les membres de l’OPEP et leurs partenaires de l’OPEP+ ont décidé, lors de leur réunion du 4 janvier, d’augmenter la production de pétrole de +400 000 barils par jour en février (conformément aux engagements pris en 2021), confiants dans le fait que la reprise de la demande mondiale de pétrole reste robuste et résistera aux turbulences de la variante Omicron. Toutefois, l’OPEP+ reconnaît que les marchés sont à nouveau excédentaires (+0,8 mb/j au premier trimestre 2022), mais nettement moins que l’AIE, qui prévoit un excédent de 1,7 mb/j au premier trimestre. Il reste à voir si l’OPEP+ respectera ses engagements. Depuis l’été dernier, le taux de conformité du groupe oscille autour de 115 % (120 % pour l’OPEP10), signe que les augmentations de production restent bien en deçà des accords. Plusieurs raisons techniques expliquent ce taux de conformité élevé : stagnation de la production en Russie, baisse de la production en Libye, perturbations au Nigeria, problèmes de production en Angola, etc. D’autres ruptures d’approvisionnement sont également envisageables dans les prochains mois, notamment au Kazakhstan où l’état d’urgence a été déclaré dans tout le pays. Si la situation de l’offre mondiale de pétrole ne se normalise pas, on peut s’attendre à ce que les prix du brut continuent à évoluer aux niveaux actuels, d’autant plus que les stocks de pétrole sont en baisse.

A.S.

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