GRÂCE À L’IA DE CHROME, VOUS NE PERDREZ PLUS UNE SEULE SECONDE SUR DES FORMULAIRES EN LIGNE

oogle expérimente un remplissage automatique dopé à Gemini, capable de piocher dans Gmail et Photos pour compléter vos formulaires. La fonction contourne soigneusement l’Europe, et le règlement qui fâche Google n’y est pas pour rien. Remplir automatiquement une adresse ou un numéro de carte, Chrome sait le faire depuis des années. La nouveauté repérée dans Chrome Canary, la version expérimentale du navigateur, franchit un cap. Une fonction baptisée « Find and Fill with Gemini » propose de laisser l’IA fouiller l’ensemble du compte Google pour dénicher l’information qui manque. Les testeurs américains y ont déjà droit ; vous, non (on y revient plus bas). Le mode d’emploi tient en un raccourci : taper « @@ » dans n’importe quel champ de texte, ou passer par un clic droit et l’option « Search and fill from anywhere ». Derrière, Google branche sa couche d’intelligence personnelle, celle qui relie déjà Gmail, Google Photos et les applications connectées du compte. Concrètement, Gemini irait repêcher un numéro de réservation enfoui dans un mail de confirmation, ou les références d’un document photographié, pour les insérer dans le formulaire à votre place. Sur le papier, les garanties sont là : les informations insérées ne serviraient pas à entraîner l’IA et ne passeraient sous aucun œil humain. La documentation précise pourtant, quelques lignes plus bas (comme il se doit), que les titres et adresses des pages où la fonction est invoquée sont envoyés à Google et peuvent être examinés par des humains. Google reconnaît aussi le risque d’injection de requête, ces instructions piégées qu’une page web peut glisser à une IA pour détourner son comportement. Et rien ne garantit qu’une fonction testée dans Canary atteigne un jour la version stable du navigateur. Arrive maintenant la partie qui pique : l’intelligence personnelle de Gemini est en bêta partout dans le monde, sauf dans l’Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni. Les Britanniques ont bien reçu Gemini dans Chrome le 14 juillet, mais sans cette brique. Aucune date n’est avancée pour la France, et la rumeur d’un déploiement au second semestre reste ce qu’elle est : une rumeur. L’explication se niche du côté de Bruxelles, comme souvent. Google est classé contrôleur d’accès au titre du DMA depuis septembre 2023, et l’article 5 du règlement interdit précisément de croiser les données personnelles entre services sans un consentement conforme au RGPD. Meta a appris le tarif à ses dépens : 200 millions d’euros d’amende pour son modèle « consentir ou payer ». La Commission européenne a d’ailleurs adressé deux décisions à Google le 16 juillet, sur l’interopérabilité des assistants IA sous Android et le partage des données de recherche. Rien qui vise Chrome directement, mais l’ambiance est posée. La CNIL, elle, a publié début juillet une note sur les risques de l’IA dite agentique pour les données personnelles. Un gestionnaire de mots de passe se contente de restituer ce qu’on lui a confié. Ici, l’IA irait chercher elle-même, dans des années de mails et de photos, ce qu’elle juge pertinent pour vous. La nuance vaut bien un règlement européen. En attendant, il faudra continuer à remplir vos formulaires à la main. Vu la contrepartie en données personnelles, la corvée ressemble presque à une bonne affaire. Cette vague de correctifs découle de l’intégration progressive de détecteurs à base d’IA. Dès mai 2025, le modèle o3 d’OpenAI avait permis de détecter une faille zero-day dans le composant ksmbd, simplement en analysant le code source. Depuis ce premier fait d’arme, le phénomène s’est nettement accéléré. Des outils comme Sashiko, développé initialement par Google puis cédé à la Linux Foundation, tournent désormais sur la quasi-totalité des patches soumis au noyau et s’intègrent progressivement aux processus de revue officiels. Aux yeux de Greg Kroah-Hartman, mainteneur historique du noyau, les rapports générés par IA, longtemps qualifiés d’« AI slop » sont devenus réellement exploitables au cours de l’année 2026. Des vulnérabilités, dormantes depuis parfois près d’une décennie, ont d’ailleurs été débusquées cette année. C’est le cas de Copy Fail, une vulnérabilité qui remonte à plus de neuf ans, et qui a été colmatée en avril dernier. Le même mécanisme se retrouve dans les failles DirtyFrag ou Fragnesia, identifiées quelques jours plus tard. Face à l’explosion des découvertes assistées par l’IA, Linux a été obligé d’instaurer de nouvelles règles pour encadrer les chercheurs. Les signalements doivent désormais être courts, clairs, vérifiés sur une vraie machine, et les chercheurs sont invités à utiliser l’IA pour proposer des correctifs plutôt que pour multiplier les alertes. Ce problème dépasse le cadre de Linux. Selon Greg Kroah-Hartman, tous les grands projets open source subissent le même déluge de divulgations depuis des mois.

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