L’ESPAGNE N’A PAS ANNONCÉ REMPLACER LE DOLLAR PAR LE YUAN CHINOIS DANS SES ÉCHANGES INTERNATIONAUX

es relations se sont tendues ces derniers mois entre les Etats-Unis et l’Espagne, autour du sujet de la guerre en Iran. Après de nouvelles déclarations critiques du président américain Donald Trump début juillet, des internautes affirment sur les réseaux sociaux que Madrid aurait décidé de remplacer le dollar américain, devise privilégiée dans le commerce international, par le yuan chinois. Mais les autorités espagnoles ont démenti avoir pris une telle décision. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez est l’un des rares dirigeants européens à s’être fermement opposé à la guerre que mènent Israël et les Etats-Unis en Iran. Dès le 6 mars 2026, soit la semaine suivant l’attaque surprise israélo-américaine, le dirigeant résumait sa position par le slogan “non à la guerre”. Quelques jours plus tard, il qualifiait le conflit au Moyen-Orient de “bien pire” que “la guerre illégale en Irak” de 2003, déjà initiée par les États-Unis. Depuis cette prise de position, les relations entre les deux pays se sont tendues. En mars, Donald Trump a menacé de rompre les relations commerciales avec Madrid, après que les autorités espagnoles ont empêché les EtatsUnis d’utiliser des bases militaires situées en Andalousie pour mener des attaques aériennes contre l’Iran. Le président américain a de nouveau vivement fustigé l’Espagne mi-juillet, lors du sommet annuel de l’Otan organisé en Turquie. Il a accusé Madrid de ne pas participer aux dépenses de défense de l’alliance et a qualifié le pays de “cause perdue”, avec qui les Etats-Unis vont selon lui “cesser tout échange commercial” (lien archivé ici). Même si le Premier ministre espagnol a par la suite assuré que les relations avec Washington étaient “très positives”, des internautes affirment depuis mi-juillet que Madrid aurait pris des mesures de rétorsion à l’égard de la puissance américaine. “Urgent. L’Espagne annonce qu’elle utilisera le yuan chinois au lieu du dollar américain”, affirme ainsi une page basée au Mali, dans une post Facebook qui cumule plus de 4.600 mentions “J’aime” depuis sa publication le 15 juillet. L’Espagne, comme une grande partie des membres de l’Union européenne, a officiellement adopté l’euro comme monnaie en 1999 et l’utilise dans les faits depuis 2002 pour tous les échanges qui se font sur son territoire (lien archivé ici). Les internautes africains affirmant que Madrid aurait annoncé privilégier le yuan au dollar, comme ici en République démocratique du Congo ou là en Côte d’Ivoire, sous-entendent certainement que cette annonce concerne les échanges internationaux, où le dollar reste effectivement une monnaie de référence. C’est ce que disent plus clairement des publications légèrement différentes, assurant que Madrid aurait annoncé “encourager le commerce avec la Chine en utilisant le yuan au lieu du dollar américain” dans ses échanges internationaux. “Une décision qui remet sur la table le débat sur la dédollarisation du commerce international”, affirme le 8 août la publication d’une page nommée “Brics géopolitique”, selon qui cela “suscite des réactions sur les marchés et dans le domaine géopolitique”. Des affirmations similaires concernant la future utilisation du yuan en lieu et place du dollar circulent aussi en Chinois and Turc sur X, ainsi qu’en anglais sur Facebook, YouTube, Instagram et TikTok. Mais ces affirmations sont fausses, l’Espagne n’a pas annoncé remplacé le dollar américain par le yuan, dont le nom officiel est le “renminbi”. Nous essayons tout d’abord de retrouver où et quand le gouvernement espagnol aurait pu faire une telle annonce. Des recherches sur le site officiel du ministère de l’Economie et sur ses réseaux sociaux (X, Facebook, TikTok) ne nous conduisent vers rien de probant. Il en va de même sur les réseaux sociaux officiels du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez (liens archivés ici, ici, ici, ici et ici). Nous ne trouvons pas non plus de trace d’une prétendue annonce en faveur du yuan dans les titres de presse les plus réputés du pays, comme El Païs ou El Mundo. Contacté par AFP Factuel, le ministère espagnol de l’Économie, du Commerce et des Entreprises a démenti avoir émis une quelconque directive imposant une devise particulière pour le commerce international. “Il n’existe aucune directive d’une autorité européenne ou nationale comme le suggère l’allégation, ni aucun accord commercial de l’UE qui contiendrait des dispositions sur la devise de facturation” dans les échanges internationaux impliquant l’Espagne, a indiqué son service de presse à l’AFP le 24 juillet. Le ministère de l’Economie espagnol a par ailleurs rappelé à l’AFP que “le choix” de la devise dans laquelle s’effectue les échanges internationaux “est entièrement laissé aux parties de chaque contrat, en fonction de leurs intérêts commerciaux”. C’est ce que confirme le professeur Chong Tai-leung, directeur exécutif de l’Institut Lau Chor Tak d’économie et de finance mondiale, au sein de l’Université chinoise de Hong Kong. Les gouvernements n’ont pas autorité sur la devise utilisée par les entreprises dans le commerce international, rappelle-t-il dans un entretien accordé à l’AFP le 31 juillet. Celle-ci est déterminée d’un commun accord entre les parties, une pratique courante dans le monde. En revanche, “si le gouvernement vend quelque chose, il peut choisir ce qu’il accepte [comme devise, NDLR], c’est son choix”, a-t-il expliqué à l’AFP le 31 juillet. Mais le gouvernement espagnol a démenti avoir donné pour indication de privilégier le yuan au détriment du dollar. La dédollarisation de l’économie internationale est un thème récurrent dans les pays dits du “Sud global”, qui cherchent à échapper à la toute-puissance de cette devise dans les échanges internationaux. Les Brics, une alliance économique qui réunit Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, en fait depuis des années son cheval de bataille. Ces pays ont exprimé dès leur premier sommet en 2009 leur souhait de se passer du dollar dans les échanges commerciaux entre eux, mais sans y parvenir pour le moment. Sur la scène internationale, la Chine en particulier cherche à pousser sa devise. En février 2026, le président chinois Xi Jinping avait ainsi appelé son pays à se doter d’une “monnaie forte”, largement utilisée dans “le commerce international, les investissements et les marchés des changes” et bénéficiant du statut de monnaie de réserve mondiale. L’importance du yuan “devrait progresser” à l’avenir dans les échanges commerciaux et les investissements “liés à la Chine”, estime Gary Ng, économiste spécialiste la région Asie-Pacifique chez Natixis Corporate and Investment Bank. Mais cette devise est encore bien “loin de contester” le statut international du dollar américain et de l’euro, met en garde l’analyste. “Pékin devra ouvrir bien davantage ses marchés financiers avant de pouvoir concurrencer l’euro et le dollar américain sur la scène internationale”, affirme-t-il. A titre d’exemple, la Banque d’Espagne détenait en effet fin 2025 une petite quantité de renminbis parmi ses devises étrangères, mais cela représentait 70 fois moins que ses avoirs en dollars américains et presque 10 fois moins que ceux en dollars canadiens ou en livres sterling (comptes annuels de la Banque d’Espagne disponibles ici, détails p.22). Les fausses informations sur la dédollarisation de l’économie sont souvent vastement reprises en Afrique francophone par des comptes proBrics, où l’influence géopolitique de cette alliance se fait grandissante. De nombreux internautes africains affirmaient ainsi à tort il y a un an que les Brics auraient lancé une monnaie commune “pour échapper à la domination du dollar”.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*