Les prix du pétrole ont franchi hier la barre symbolique des 100 dollars le baril pour la première fois depuis plus de trois ans et demi. Cette flambée des cours intervient dans un climat d’inquiétude sur les marchés mondiaux de l’énergie, alors que l’escalade militaire au Moyen-Orient alimente les craintes d’une perturbation majeure des exportations de pétrole dans la région
Blocage du détroit d’Ormuz, attaques sur des infrastructures pétrolières, le conflit au Moyen-Orient a fait flamber dans la nuit de dimanche à lundi les prix des hydrocarbures, portant ces derniers à un cheveu de la barre des 120 dollars par baril. Si les variations sur le pétrole s’atténuaient lundi matin, le gaz européen rattrapait le retard accumulé pendant la nuit. A 09h55, le baril de Brent e la mer du Nord comme celui de WTI nord-américain affichaient encore des gains sur un jour de respectivement 15% à 106,58 dollars et de 13,2% à 102,92 dollars par baril. Ces deux références avaient dans la nuit atteint 119,50 dollars par baril, une barre qui n’avait plus été franchie depuis juin 2022. Le cours du gaz européen aussi s’appréciait, de 15,3% à 61,53 euros par mégawattheure pour le TTF néerlandais. « Cette hausse brutale reflète avant tout l’escalade des tensions au Moyen-Orient et la crainte d’une perturbation durable des flux énergétiques mondiaux, » considère John Plassard, associé chez Cité Gestion. Le choix par l’Iran de désigner le fils de Khamenei comme nouveau guide suprême (…) suggère que le régime des mollahs n’entend guerre courber l’échine face aux États-Unis et trahit une potentielle prolongation de la guerre dans une région qui abrite une moitié des réserves mondiales de brut et 40% des réserves de gaz naturel, constate de son côté Ipek Ozkardeskaya, analyste de Swissquote. « Les prix des hydrocarbures vont finir par atteindre un zénith à un moment ou à un autre – peut-être l’ont-ils déjà fait, peut-être pas encore – mais ils vont probablement fluctuer à des niveaux élevés pendant des semaines voire des mois, » poursuit l’analyste vedette de la banque en ligne glandoise. Les gains de d’hier viennent s’ajouter à un bond de plus de 35% sur la semaine écoulée, observent les analystes de la plateforme Trading Economics, pointant du doigt le verrouillage du détroit d’Ormuz, canal d’écoulement essentiel pour le brut du Moyen-Orient, ainsi que des perturbations dans la production de toute la région. « En Irak, la production des trois principaux champs pétroliers a chuté de 70% (…) et le Koweït, cinquième producteur de l’OPEP, a aussi commencé à brider sa production samedi, invoquant un cas de force majeure, » poursuivent les experts de la plateforme. L’Ifp Energies nouvelles (IFPen) a indiqué, dans son « tableau de bord » sur les marchés pétroliers, Au cours de la semaine, les informations faisant état d’atteintes à des infrastructures énergétiques se sont multipliées, propulsant le Brent à près de 93 $/b en fin de semaine, puis à plus de 115 dollars le baril ($/b), hier matin, à l’ouverture des marchés. Des frappes ont notamment touché plusieurs infrastructures pétrolières stratégiques : les environs de la raffinerie de Ras Tanura en Arabie saoudite, le terminal de l’île de Kharg, la raffinerie de Bahreïn (qui a déclaré la force majeure), le port de Fujairah, ainsi que plusieurs dépôts pétroliers en Iran. Par mesure de précaution, plusieurs pays, dont le Qatar, Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont procédé à l’arrêt préventif d’une partie de leurs installations énergétiques. « Parallèlement, l’Iran maintient un blocus quasi total du détroit d’Ormuz et menace de frapper tout navire qui tenterait de le franchir. Une telle situation, inédite dans l’histoire de cette voie maritime stratégique, alimente les craintes d’un choc énergétique majeur sur les marchés, si elle devait se prolonger. Le blocage du détroit pendant plusieurs semaines est désormais considéré comme un scénario de base par les analystes », souligne l’IFPen. Au-delà des perturbations directes sur les exportations de pétrole et de gaz, « le blocage du détroit d’Ormuz contraint les pays producteurs du Golfe à réduire leur production, faute de capacités de stockage suffisantes pour absorber les volumes qui ne peuvent plus être exportés », ajoute l’IFPen. L’Irak, dont les capacités de stockage sont particulièrement limitées, a ainsi été contraint de réduire d’environ 60 % sa production, qui se situe désormais entre 1,7 et 1,8 million de barils par jour (Mb/j), contre 4,3 Mb/j avant le conflit. Le Koweït/ a également annoncé ce week-end qu’il allait réduire sa production de pétrole brut et ses opérations de raffinage. D’autres producteurs de la région, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, pourraient être amenés à prendre des mesures similaires dans les semaines à venir. Au global, JPMorgan estime que les réductions de production pourraient dépasser 4 Mb/j d’ici la fin de la semaine prochaine si le détroit d’Ormuz reste fermé. La semaine dernière, rappelle l’IFPen, les analystes prévoyaient un prix du Brent compris entre 70 et 80 $/b. Aujourd’hui, leurs estimations se situent plutôt entre 90 et 100 $/b. Goldman Sachs va même plus loin : selon eux, le baril pourrait largement dépasser les 100 $/b si le conflit ne montre aucun signe d’apaisement. Selon l’institut français de recherche La hausse du prix du brut constitue une opportunité pour les producteurs capables d’augmenter rapidement leur production. C’est notamment le cas des États-Unis, grâce au pétrole de schiste, qui peuvent réagir relativement vite aux signaux de prix. Le Canada pourrait également accroître sa production, mais dans des proportions plus modestes de l’ordre de quelques centaines de milliers de barils par jour. À court terme, la Russie pourrait émerger comme le grand gagnant géoéconomique de cette crise. En capitalisant sur sa proximité géographique et ses infrastructures existantes, Moscou pourrait se substituer rapidement aux approvisionnements moyen-orientaux pour les principaux importateurs asiatiques, notamment l’Inde et la Chine d’autant plus que les Etats-Unis commencent à assouplir temporairement les sanctions sur le pétrole russe. Le secrétaire à l’Énergie américain, Chris Wright, a explicitement incité New Delhi à acquérir les cargaisons russes déjà en mer sur les trente prochains jours, afin de « mitiger les risques de choc d’offre et atténuer les pressions inflationnistes liées au conflit en Asie occidentale »
A.S.

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